2005... 2009, un camp de réfugiés togolais au Bénin
Il y a trois ans de violents heurts avaient opposé des réfugiés togolais installés dans le camp d’Agamé aux populations béninoises, les relations s’étaient dégradées, les autochtones ressentant comme une injustice que les réfugiés aient accès à des vivres, des écoles, des médicaments fournis par le HCR et différentes ONG.
Dans le cadre des stratégies de suivi des candidats au retour, des comités d’accueil composés de représentants de la société civile, des partis politiques se sont installés dans les régions d’origine des réfugiés et sont chargés de faciliter le retour des rapatriés et de s’assurer du respect de leurs droits. A cet effet, le HCR a déployé du personnel supplémentaire à Aného et Lomé pour assurer le suivi des personnes rapatriées.
Peu à peu, le calme est revenu, les réfugiés ont repris confiance et il y a eu des départs spontanés, les ONG se sont retirées du camp, l’école a fermé, l’aide alimentaire a cessé… Des Togolais sont partis sur Cotonou s’installer et ont ouvert leur commerce ou leur atelier, certains avec le soutien d’ALIDé, notre IMF béninoise.
Alors 4 ans après les évènements, je n’imaginais pas trouver encore plus de 3.500 réfugiés togolais à Agamè… Et pourtant, dont la plupart vivant encore sous les mêmes tentes installées par le HCR. En attente de rentrer chez eux ? Rien n’est moins sûr, plus d’ici, ni d’ailleurs, la situation est difficile pour ces familles.
Certes l’intégration s’est améliorée, des Togolais se sont installés dans la commune voisine de Lokassa, des groupements mixtes se sont créés, notamment autour du champ communautaire de 3ha qui borde le camp. Depuis 2008, les enfants vont maintenant à partir du primaire dans les établissements locaux, reste dans le camp une petite école maternelle.
Par contre, les personnes qui vivent encore sous tente (une tente abrite 6 personnes ou une famille) sont dans des conditions extrêmement précaires, les toiles n’ont pas résistées aux intempéries et à quatre années de pluie et de soleil, certains ont construit en bambou, peu encore en ciment, l’habitat reste extrêmement précaire.
L’aide alimentaire s’est aussi arrêtée et c’est dans ce contexte que le HCR a fait appel à ALIDé, notre IMF partenaire au Bénin qui avec l’appui financier de l’ambassade des Etats-Unis, met à disposition une ligne de crédit de 19 000 USD pour aider les réfugiés à développer leurs propres activités génératrices de revenus et s’autonomiser.
L’objectif de la mission de mai était de remplir les fiches de demande de crédit, suite à une première mission de sensibilisation de l’équipe d’ALIDé en avril.
Les réfugiés n’ont pas de papiers, mais doivent avoir leur carte d’enregistrement au HCR pour postuler à un prêt, on leur demande aussi de se constituer en groupes de 3 personnes minimum. Le programme est aussi ouvert aux réfugiés qui auraient pu sortir du camp pour s’installer dans les localités environnantes. Cette fois, Edmond, Nicaise et Raoul ont pu recevoir pour des entretiens d’évaluation près de 60 réfugiés, ils reviendront dans le mois car la demande avoisine les 1000 personnes.
Les groupes se nomment Grâce Divine, Dieu Bénit, Providence, Persévérance, Dieu est Amour, L’amour est Dieu… Ils demandent entre 50 000 et 100 000 FCFA pour des activités très variées. Ils comptent parmi eux des couturières, des maraîchers, des coiffeurs, beaucoup de vendeurs de ‘produits chinois’, de vendeuses de condiments et quelques activités innovantes, une femme fabrique de la farine enrichie pour la bouillie qui est même en cours de test au Ministère de la santé, un autre fait des craies blanches et de couleur, et il y a même un monsieur analyste programmeur qui a ouvert un cybercafé dans le village voisin.
Ces hommes et ces femmes sont privés du statut de réfugiés, le HCR a abandonné la gestion du camp l’an passé et demande régulièrement aux autorités béninoises de les reconnaître… pour tout simplement leur donner le droit de rechercher et trouver un emploi. En attendant à Agamè, les hommes travaillent la terre, les femmes font du petit commerce… et le petit coup de pouce d’ALIDé devrait les aider à se prendre mieux en charge et sortir de la précarité liée à leur manque de statut.