Le Journal du Jeudi, un hebdomadaire satirique burkinabé a résumé en quelques coups de crayon bien senti le fossé entre la façon dont la crise économique mondiale est ressentie au Burkina Faso par rapport à l’Europe.Bien sûr le Burkina Faso n’échappe pas à la vague de la crise financière, même si cela se fait à retardement car le pays est moins lié aux marchés financiers que ne l’est
Sauf que cela n’est pas nouveau. Déjà depuis 2007, le gouvernement burkinabé a dû faire face à une conjoncture économique difficile avec la chute des cours mondiaux du coton, la vigueur de l’euro qui grève la compétitivité du Franc CFA et la hausse du prix du baril du pétrole. Le rebond escompté de l’agriculture en 2008 grâce à des conditions climatiques favorables, ainsi que l’entrée en production de trois mines d’or ont favorisé une certaine reprise de l’activité économique, mais la crise est arrivée sur ces entre faits.
Et au Burkina Faso, la crise des marchés financiers est ressentie de façon bien différente par les populations. Si en Europe, le chômage fait rage, l’emploi en secteur formel n’est pas fréquent au Burkina Faso. Comme dans bien d’autres pays en développement, les pauvres sont essentiellement des travailleurs à faible revenu et le chômage est un “luxe” que peu de gens peuvent se permettre, ce qui suggère que la principale cause de la pauvreté est en fait les faibles revenus et non le manque d’emploi en soi. Les travailleurs du secteur agricole et du secteur informel sont les plus vulnérables à la pauvreté, et les emplois mieux rémunérés dans le secteur formel sont très limités.
On parle de sous-emploi au Burkina Faso car les activités économiques ne génèrent pas suffisamment de revenus pour permettre aux gens de faire face à leurs besoins de base. Ainsi, les travailleurs sont constamment à la recherche de revenus supplémentaires… et cette situation pré-date la crise financière et malheureusement continuera certainement bien après la fin de cette crise.
La cherté de la vie frappe durement les travailleurs de tous les secteurs d'activités : prix des denrées de première nécessité malgré l'annonce d'une bonne saison agricole, prix toujours élevés des hydrocarbures en dépit de la baisse sensible du prix du baril, accès difficile aux services sociaux de base.
La crise financière internationale est en passe de se transformer en une crise sociale profonde. De ce fait, les partenaires sociaux du Burkina doivent se concerter de façon proactive, pour envisager les meilleures solutions à même de préserver les entreprises et les emplois. Face à la contestation sociale, il faut tout mettre en œuvre pour amortir les effets du renchérissement des produits alimentaires et pétroliers.
Je n’ai pas de chiffres liés à la crise, mais des chiffres liés au contexte du pays peuvent mettre ces propos en perspective pour les lecteurs européens. Les indicateurs sociaux du Burkina Faso sont au plus bas avec une espérance de vie de 53,8 ans, et près de la moitié de la population qui a moins de 15 ans. Les dépenses moyennes des ménages burkinabé sont de moins de 200 euros par an et par personne ; et seulement 5,4% ont un réfrigérateur et 16,7% une télévision.
La crise économique mondiale ici se traduit ainsi par une crise alimentaire avec une hausse très sensible des prix de près de 50% en un an sur le sel, l’huile de palme, le maïs ou le beurre de karité. L’inflation du prix des céréales est particulièrement préoccupante car ces produits constituent la base de l’alimentation de la population burkinabé en général et de la population pauvre en particulier.
Pour la population locale, la crise ne changera pas la réalité déjà difficile, par contre la tension monte car les écarts se creusent entre les plus riches et les plus pauvres et une classe moyenne peine à voir le jour. La hausse vertigineuse des prix profite à certains entrepreneurs et actionnaires, par contre les salariés et les travailleurs du secteur informel souffrent et des dizaines de milliers de ménages sont aujourd’hui dans l’incapacité de se soigner, d’éduquer leurs enfants et de se vêtir. Cette situation insupportable explique fondamentalement les manifestations violentes que le pays a connues en 2008 et qui risquent de revenir si rien n’est fait d’ici là pour combattre efficacement la vie chère.
Si on ne mesure pas encore toutes les répercussions de la crise économique mondiale sur le Burkina Faso, par contre la crise alimentaire locale est bien réelle et celle pour laquelle il faut mobiliser toutes les énergies. Au Burkina Faso, la crise n’est pas synonyme de réduction du budget loisirs, mais bien de la capacité à consommer plus d’un repas par jour…