mercredi 8 septembre 2010

Tovi Nonvi, adaptation béninoise de la méthodologie de groupe EdM

A Cotonou, capitale économique du Bénin, existe un village lacustre sur le lac de Toyoyomé. Les maisons sur pilotis sont construites sur l’eau et ne sont accessibles que par barque. Les conditions de vie au sein de ce village sont très mauvaises. L’eau est insalubre et véhicule de nombreuses maladies.

Pour atteindre cette population exclue du développement que connaît actuellement Cotonou, l’IMF Alidé a ouvert une agence à proximité du lac et pilote depuis 2009 la méthodologie de groupe Tovi Nonvi (en langue fon: même père, même mère).

Celle-ci consiste à réunir un certain nombre de personnes (entre 10 et 20) dans un groupe et à leur octroyer un crédit selon leurs besoins individuels et sans caution solidaire. Ainsi les plus pauvres peuvent commencer avec 20 000 fcfa (30 €), remboursable en 5 mois sans intérêt avec un prêt « Coup de Pouce ». Les plus aisés ont accès au prêt « Allodo » le plus populaire chez ALIDé, dont le montant et la durée peuvent varier entre 25 000 et 450 000 fcfa sur une durée de 7 à 12 mois et avec un taux d’intérêt de 2%. Ces prêts permettent aux bénéficiaires de commencer une AGR (Activité Génératrice de Revenu) ou de la développer, ce peut être la vente itinérante de fruits et légumes, de poissons, de plats cuisinés... Cela peut être aussi une petite entreprise de couture ou encore de laverie de vêtements.

A cela s’ajoute les formations santé que le travailleur social présente chaque quinzaine. Lors de ces réunions de groupe, l'agent de crédit fait l’appel, vérifie que chacun rembourse sa partie et le travailleur social dispense des formations santé sur divers sujets.

Par exemple, lors de ma visite, il présentait le produit AquaTab qui permet de rendre l’eau potable à moindre coût que l’achat d’eau potable en bouteille. Les habitants prennent l’eau, sensée être buvable, à la pompe. Pourtant l’eau est la cause de la majorité des maladies au sein du village, soit parce qu’elle est contaminée lors du transport ou de la conservation, soit parce qu’à la source même, l’eau n’est pas véritablement saine. Une boîte de 10 comprimés Aquatab coûte 125 fcfa et 1 comprimé purifie 20L d’eau claire, 2 comprimés si l’eau est trouble. Un sachet d’eau de 33cl coûte 25fcfa. Avec les sachets plastiques, pour 150 fcfa on a 2L d’eau et avec Aquatab, pour la même somme on a 200L d’eau potable. Ajouter à cela l’impact écologique puisque ce produit peut stopper la consommation de ces sachets qui finissent bien souvent jetés avec le reste des ordures dans l’eau qui borde leurs habitations.

Petit bémol pour cette méthodologie, il arrive encore que certaines personnes manquent à l’appel lors des réunions de groupe. Ces bénéficiaires font passer le montant à rembourser aux autres et ne vont pas aux réunions car ils ne réalisent pas l’importance de ces formations santé. Mais cette méthodologie, si elle prend de l’ampleur, devrait permettre de rapidement agir sur de nouvelles zones car elle repose sur la confiance partagée entre les bénéficiaires qui se connaissent déjà. Si l’un d’entre eux manque à rembourser, les autres en sont responsables, pas financièrement, mais ils sont là pour rappeler à la personne son engagement.

Samy Assaad.